Aller au contenu principal

Souveraineté des données

Un datacenter en France ne vous met pas hors du Cloud Act.

La souveraineté se mesure à une seule question : qui peut être légalement contraint de livrer vos données ?

« Nos données restent en France » rassure un COMEX. La formule décrit un lieu de stockage, alors que la vraie question porte sur le droit qui s'applique au prestataire.

Le CLOUD Act américain de 2018 atteint tout fournisseur soumis à la juridiction des États-Unis, y compris sa filiale française et ses serveurs installés à Paris.

Comprendre cette distinction change la façon de choisir son IA.

Auditer notre exposition

Ce que dit vraiment le Cloud Act

Le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (2018) autorise les autorités américaines à exiger d'un prestataire soumis au droit américain les données qu'il détient ou contrôle, où qu'elles soient stockées. Le critère est la nationalité et le contrôle du fournisseur, davantage que la localisation physique des serveurs.

Le texte codifie une mécanique simple. Une entreprise placée sous la juridiction des États-Unis reçoit une injonction et doit livrer les données qu'elle est en mesure de récupérer. La géographie du disque dur n'entre pas dans l'équation, seule compte sa capacité technique et juridique à y accéder.

Cette portée couvre les grands éditeurs américains d'IA et de cloud, leurs filiales européennes, et les revendeurs qui s'appuient sur leur infrastructure. Une « région France » ouverte par un acteur américain reste opérée par une entité qui, elle, répond de la loi américaine.

Pourquoi la localisation en France ne suffit pas

Stocker des données en France réduit la latence et rassure sur le plan commercial. La localisation devient un leurre dès que l'entité qui opère le service dépend du droit américain, car elle peut alors être contrainte de livrer ces données malgré leur stockage sur le territoire français.

Le raisonnement vaut pour trois montages fréquents. La filiale française d'un groupe américain reste rattachée à sa maison mère. Le cloud « souverain » construit sur la technologie d'un hyperscaler américain hérite de ses dépendances. Le prestataire européen qui sous-traite son hébergement à un acteur américain rouvre la même brèche.

La localisation garde son intérêt pour la performance et pour certaines obligations sectorielles. Elle répond à la question « où », alors que la souveraineté répond à la question « sous quel droit et sous le contrôle de qui ».

RGPD et Cloud Act : un conflit de lois que vous portez

L'article 48 du RGPD retire toute force exécutoire, dans l'Union, à une décision de justice étrangère qui exigerait un transfert de données, hors accord international. Cette décision ne constitue jamais à elle seule une base légale de transfert. Le prestataire doit trouver un fondement dans le chapitre V du RGPD. Le fournisseur américain se retrouve face à deux droits contradictoires. En cas de transfert non fondé, le responsable de traitement, c'est-à-dire votre entreprise, porte le risque principal vis-à-vis de la CNIL.

Le RGPD et le Cloud Act se contredisent frontalement sur ce point. Le premier protège la donnée européenne, le second oblige le prestataire américain à coopérer avec ses autorités. Le fournisseur tranche selon le risque qu'il préfère assumer, et vous héritez du risque résiduel.

Le cadre de transfert transatlantique, le Data Privacy Framework adopté en 2023, reste en vigueur à ce jour. Sa solidité fait débat et une invalidation par la justice européenne demeure un scénario ouvert pour les prochaines années. Fonder sa souveraineté sur ce cadre revient à parier sur sa survie.

La souveraineté se règle comme un curseur

Entre le cloud grand public et le serveur installé dans vos murs, chaque palier ajoute du contrôle et retire de l'exposition. Choisir son niveau revient à placer le curseur là où la sensibilité de vos données le justifie.

1

Cloud grand public américain

Vos données transitent chez un éditeur soumis au droit américain. Le confort d'usage est maximal, l'exposition juridique aussi. Ce niveau convient aux données non sensibles et publiques.

2

Cloud dédié hébergé en France

Une instance isolée réduit la promiscuité et la latence. La question de la nationalité de l'opérateur reste entière : un opérateur de droit américain conserve son exposition au Cloud Act.

3

Cloud qualifié SecNumCloud

Le référentiel 3.2 de l'ANSSI impose un hébergement dans l'Union européenne, un siège dans un État membre, une participation extra-européenne au capital plafonnée à 24 % à titre individuel et 39 % au cumul, et une immunité aux lois extraterritoriales. La CNIL en fait son seul marqueur d'un cloud souverain pour les données sensibles.

4

On-premise, dans votre infrastructure

Les modèles et les données restent sur des machines que vous détenez. Le contrôle physique atteint son maximum. Les processeurs et les cartes graphiques demeurent majoritairement de conception américaine, si bien que la souveraineté porte sur la couche logicielle, l'hébergement et les accès.

Ce que cette distinction change pour une PME-ETI

Une entreprise de santé manipule des données de patients soumises à l'hébergement HDS, une certification qui encadre la sécurité de l'hébergement sans apporter à elle seule d'immunité au Cloud Act, puisque plusieurs hébergeurs américains la détiennent aussi. Un cabinet d'expertise comptable est tenu au secret professionnel. Un industriel protège ses secrets de fabrication. Pour ces trois profils, l'exposition d'un modèle d'IA à une injonction étrangère devient un risque de conformité et de réputation.

Avant de retenir un fournisseur d'IA, cinq vérifications lèvent l'essentiel du doute :

  • Où le modèle s'exécute-t-il vraiment : sur une infrastructure que vous contrôlez, ou via un appel à une API tierce, souvent américaine, à chaque requête ?
  • Qui détient in fine la société qui opère le service, et sous quel droit tombe-t-elle ?
  • Le contrat prévoit-il une immunité explicite aux injonctions extraterritoriales ?
  • L'offre est-elle qualifiée SecNumCloud, ou l'hébergement reste-t-il dans vos murs ?
  • Où sont stockés les journaux techniques et les sauvegardes, souvent oubliés dans l'analyse ?

L'on-premise apporte le contrôle physique le plus élevé. La conformité RGPD reste un travail distinct, qui couvre la base légale, le registre des traitements, l'analyse d'impact quand elle est requise et les mesures de sécurité. Le contrôle de l'infrastructure facilite cette mise en conformité et ne s'y substitue pas.

Notre position de cabinet

NoBullshit Conseil audite votre exposition et exécute la solution, sans vendre sa propre licence d'IA. Cette neutralité technologique vous laisse le choix du bon palier de souveraineté, du cloud qualifié jusqu'à l'installation dans vos murs.

Nos ventures fournissent la preuve de cette exécution. France-Nuage opère un cloud souverain, Recapro déploie de l'IA on-premise sur du matériel dédié, Cloud-IAM gère la connexion à des services publics comme Chorus Pro. Chaque mission reste supervisée par Jérémy David et François-Guillaume Ribreau.

Questions fréquentes sur le Cloud Act et la souveraineté

Ce qui revient le plus souvent quand un dirigeant compare localisation et souveraineté avant de choisir son IA.

Le CLOUD Act, qu'est-ce que c'est et qui est concerné ?

Le CLOUD Act, pour Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act, est une loi américaine de 2018 qui autorise les autorités des États-Unis à réclamer à un prestataire soumis à leur droit les données qu'il détient ou contrôle, où que soient stockés les serveurs. Sont concernées les sociétés placées sous la juridiction américaine, leurs filiales européennes et les revendeurs qui s'appuient sur leur infrastructure. La localisation du disque dur reste hors de l'équation, puisque seule compte la capacité juridique du prestataire à accéder aux données. Une entreprise française qui confie ses traitements à un acteur de droit américain demeure dans le champ du texte, même avec des serveurs installés à Paris.

Un serveur en France me protège-t-il du Cloud Act ?

Pas automatiquement. Le CLOUD Act de 2018 permet aux autorités américaines d'exiger d'un prestataire soumis au droit américain les données qu'il contrôle, quel que soit le pays où se trouvent les serveurs. Ce qui compte est la nationalité et le contrôle du prestataire, davantage que l'emplacement de la machine.

Le RGPD me protège-t-il d'une demande sous le Cloud Act ?

L'article 48 du RGPD retire toute force exécutoire à une décision de justice étrangère qui exigerait un transfert de données, hors accord international ; cette décision ne fournit jamais à elle seule une base légale de transfert. Le prestataire américain se retrouve face à deux droits contradictoires. En cas de transfert non fondé, c'est vous, responsable de traitement, qui portez le risque principal vis-à-vis de la CNIL.

Le Cloud Act s'applique-t-il à AWS, Microsoft Azure et Google Cloud, même sur leurs régions installées en France ?

Oui. Ces trois services sont opérés par des sociétés de droit américain, si bien que leurs régions françaises et leurs offres présentées comme souveraines restent dans le champ du CLOUD Act. Une région « Paris » ou « France Central » décrit l'endroit où tournent les serveurs, pas le droit qui s'impose à l'opérateur. En 2025, un dirigeant de Microsoft France a indiqué devant le Sénat qu'il ne pouvait pas garantir que des données hébergées en Europe échappent à une demande des autorités américaines. Sortir de ce champ suppose une entité dont le capital et la gouvernance sont réellement européens.

Un datacenter souverain en France suffit-il à me mettre en conformité RGPD ?

Non, ce sont deux plans distincts. Un datacenter situé en France règle la localisation, alors que la conformité RGPD dépend du droit applicable à l'opérateur et de votre travail de responsable de traitement, de la base légale au registre des traitements. Un hébergement français opéré par une société soumise au droit américain reste exposé au CLOUD Act, malgré la mention « datacenter souverain ». Le marqueur qui aligne les deux plans est la qualification SecNumCloud de l'ANSSI, ou un déploiement dans vos propres murs.

Peut-on automatiser ses processus métier sans dépendre d'un cloud américain ?

Oui. Une automatisation qui appelle une API d'IA américaine à chaque étape fait transiter vos données hors de votre périmètre, même quand l'orchestrateur tourne en France. L'alternative fait tourner les modèles et les traitements sur une infrastructure que vous contrôlez, cloud qualifié ou serveurs internes, et réserve les appels externes aux tâches sans donnée sensible. C'est le principe de notre approche d'automatisation par l'IA, où la donnée sensible ne quitte pas votre système.

Qu'est-ce que la qualification SecNumCloud ?

SecNumCloud est le référentiel de l'ANSSI (version 3.2, en vigueur depuis 2022) qui qualifie un cloud de confiance. Il exige un hébergement des données et des journaux dans l'Union européenne, un siège dans un État membre, une participation extra-européenne au capital plafonnée à 24 % à titre individuel et 39 % au cumul, et une immunité aux lois extraterritoriales comme le Cloud Act. La CNIL en fait son seul marqueur d'un cloud véritablement souverain pour les données sensibles.

L'hébergement on-premise garantit-il ma conformité RGPD ?

L'on-premise vous donne le contrôle physique maximal sur vos données. La conformité RGPD reste un travail à part entière, qui couvre la base légale, le registre des traitements, l'analyse d'impact quand elle est requise et les mesures de sécurité. Le contrôle de l'infrastructure facilite cette conformité sans la remplacer.

Une IA souveraine peut-elle être totalement indépendante des technologies américaines ?

La souveraineté se raisonne comme un curseur. Même en on-premise, les processeurs et les cartes graphiques restent majoritairement de conception américaine. L'objectif réaliste consiste à maîtriser la couche qui porte vos données et vos modèles : le code, l'hébergement et les accès.

Comment vérifier concrètement la souveraineté d'un fournisseur d'IA ?

Demandez qui détient in fine la société qui opère le service et sous quel droit elle tombe, si le contrat prévoit une immunité aux injonctions extraterritoriales, et si l'offre est qualifiée SecNumCloud. Vérifiez aussi où sont stockés les journaux techniques et les sauvegardes, souvent oubliés dans l'analyse.

Comment utiliser l'IA sans envoyer ses données aux États-Unis ?

Pour utiliser l'IA sans envoyer vos données aux États-Unis, choisissez un fournisseur et une infrastructure soumis au seul droit européen, avec des modèles exécutés en France ou sur vos propres serveurs. Vérifiez que les journaux techniques, les sauvegardes et les métadonnées restent dans ce même périmètre, et que votre entreprise détient elle-même les clés de chiffrement. Notre comparatif entre IA on-premise et cloud dédié aide à choisir entre ces deux options.

Héberger chez un fournisseur français comme OVH suffit-il à échapper au Cloud Act ?

Choisir un hébergeur de droit français comme OVH place déjà vos données hors du champ du CLOUD Act pour la couche d'hébergement, puisque ce prestataire ne tombe pas sous le droit américain. La vigilance porte ensuite sur toute la chaîne de traitement : un modèle d'IA appelé via une API américaine, un service de messagerie ou un outil d'analyse tiers peut rouvrir la brèche que l'hébergement avait refermée. La souveraineté se vérifie maillon par maillon, du stockage aux journaux techniques jusqu'aux appels d'API sortants.

Un éditeur de logiciel qui héberge ses données en France est-il souverain ?

Héberger en France règle la localisation du stockage, mais la souveraineté complète dépend aussi de la nationalité de l'éditeur qui opère le service et de la propriété de la stack. Le CLOUD Act suit la nationalité de la société avant la localisation du serveur, et une suite logicielle propriétaire relie vos fonctions clés à un seul fournisseur, même quand elle est hébergée sur le territoire. La souveraineté se vérifie donc sur trois plans : où vit la donnée, sous quel droit tombe l'opérateur, et à qui appartient le code que vous faites tourner. Une IA construite sur des poids ouverts, hébergée là où vous décidez et dont vous détenez le code, répond aux trois. Voir comment héberger un ERP Odoo en France.

Gratuit • Sans engagement

Commencez par un diagnostic gratuit

En quelques minutes, notre diagnostic en ligne situe votre informatique et vos premières pistes d'IA. Vous préférez en parler de vive voix ? Réservez un échange avec un expert.

En quelques minutes
Devis gratuit
Sans engagement
Contact

Contactez Nos Experts

Que vous ayez besoin d'un audit 360°, d'une transformation organisationnelle ou d'un accompagnement IA, nous sommes là pour vous aider.

Contactez-nous

Gratuit

Premier échange avec un expert, sans engagement

Cette page présente une analyse générale du cadre juridique de la souveraineté des données. Elle ne constitue pas un avis juridique. La qualification de votre exposition et votre mise en conformité RGPD relèvent du responsable de traitement, avec l'appui de votre conseil juridique.